Abattage rituel: à peine arrivé au parlement, le dossier crispe déjà la majorité bruxelloise

Dernière mise à jour : 19 avr.

Défi, Groen et l’Open VLD ont déposé au parlement une proposition d’ordonnance qui vise à imposer l’abattage avec étourdissement préalable, même pour les rites religieux. Le ton est immédiatement monté entre le PS et Défi.


C’était dans l’air depuis plusieurs semaines. Défi, Groen et l’Open VLD ont déposé au parlement bruxellois une proposition d’ordonnance qui vise à imposer l’abattage avec étourdissement préalable, même pour les rites religieux. Les parlementaires mèneront donc des auditions sur le sujet, en débattront avant, enfin, de se prononcer sur le texte. La nouvelle n’a rien de surprenant. En octobre, le ministre bruxellois du Bien-être animal, Bernard Clerfayt (Défi), avait déposé un projet d’ordonnance allant dans le même sens. L’exécutif avait alors préféré renvoyer ce débat au parlement.


Depuis 2019, la Wallonie et la Flandre appliquent déjà pareille interdiction, validée en septembre par la Cour constitutionnelle après un recours d’associations religieuses islamiques et de personnalités de la communauté juive. Voilà des semaines que Défi, Groen et l’Open VLD ne font plus mystère de la rédaction de leur proposition d’ordonnance. Son dépôt a pourtant immédiatement fait monter le ton entre le PS et Défi, tous deux partenaires de majorité.


Le chef de groupe PS Ridouane Chahid s’en est pris vivement à Défi. Il a évoqué « une attitude irresponsable », « une stratégie purement électoraliste » et a estimé que « depuis quelques mois, la loyauté n’est plus vraiment un mot qui a de la valeur pour Défi ». Les amarantes n’ont pas manqué de se défendre. Sur Twitter, Bernard Clerfayt a réagi avec de force. « De quoi a peur le PS ?! Ce dossier mérite un débat serein et apaisé. Il est regrettable que certains ne l’entendent pas de cette oreille. Pour rappel, ce sont les mêmes partis qui avaient voté favorablement aux décrets wallon et flamand. Le bien-être animal connaît-il les limites régionales ? ».


« Cette question est importante pour nos concitoyens, il est normal que nous puissions aussi en discuter à Bruxelles », a insisté le député Jonathan de Patoul, cosignataire du texte. En réalité, depuis le sentiment d’un passage en force du PS et d’Ecolo sur le port du voile à la Stib, l’été dernier, Défi s’estime libre d’avancer aussi sur des dossiers absents de l’accord de gouvernement.


Majorité alternative ?


L’absence de l’abattage rituel dans la déclaration de politique négociée en 2019 ne tient pas au hasard. Le sujet déchire profondément la majorité bruxelloise. En son sein, il divise surtout chez Ecolo et le PS. En mai 2019, la distribution d’un tract portant entre autres sur le sujet par deux députés bruxellois avait d’ailleurs troublé la campagne des verts. Accusé de communautarisme, le parti avait ordonné le retrait du dépliant et condamné l’initiative. L’histoire lui a possiblement coûté quelques voix à l’époque. Elle a surtout rappelé à Ecolo et au PS que l’abattage constituait une thématique à éviter. L’arrivée au parlement ne le permet plus.


Tranchant avec le ton virulent de son homologue socialiste, le chef de groupe Ecolo John Pitseys s’est d’ailleurs fait plus discret jeudi. « Ce n’est pas parce que certains pensent et votent autrement dans le groupe que nous sommes à couteaux tirés », explique-t-il. « Ce débat, il va falloir essayer de l’apaiser et le dépolariser. »


Le scénario d’une majorité alternative devient désormais une possibilité. Le MR a déjà annoncé qu’il pourrait voter la proposition. Sur ce sujet éthique, Ecolo laissera le choix à chacun de ses députés. Du côté du PS, on pourrait peut-être faire pareil. « On aura une discussion de groupe. On verra ensuite comment on se positionnera », précise le chef du groupe socialiste. Dans les prochains mois, chacun risque en tout cas de sortir sa calculette. Déjà fort divisé, l’exécutif bruxellois se serait en tout cas bien passé de ce futur débat.


Le Soir

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